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Attention? Concentration? 4ème partie

                                    L’attention flexible et orientable

        Quelle est la différence fondamentale entre le sport de compétition d’avant hier, d’hier, d’aujourd’hui et de demain???   La VITESSE   Vitesse du jeu, vitesse de réaction, vitesse gestuelle, vitesse de déplacement…et vitesse du traitement de l’information, vitesse de compréhension, vitesse de décision…

        Aidé par les prodigieux progrès scientifiques réalisés dans différents domaines déterminants de la performance ( la préparation physique, la biomécanique, l’innovation technologique, la diététique…), le sport de compétition n’a eu de cesse d’augmenter sa VITESSE dans tous les domaines.

        Si l’on pouvait organiser des rencontres de tennis entre Jean Borotra, Rod Lever, Björn Borg, Yannick Noah, Yvan Lendl, Pete Sampras, Roger Federer et le N°1 mondial de 2030?

        Si l’on pouvait organiser un tournoi de Football entre le Real Madrid de 1960, l’Ajax Amsterdam de 1974, l’AC Milan de 1989, le Real Madrid de 2002, le FC Barcelone de 2011 et le vainqueur de la Champions League de 2030, qui l’emporterait?

        Au rugby, existe-t-il autant de combinaisons travaillées en touche ou en attaque pour les joueurs de rugby d’il y a 50 ans et ceux du rugby moderne?

        Les conservateurs et partisans rétrogrades du « moi à mon époque, on jouait mieux, on était meilleurs qu’aujourd’hui »; que répondez-vous à ces questions?

        Ce dernier article sur l’attention vient poursuivre une analyse des fonctionnements de notre cerveau lorsqu’il s’agit de focaliser notre attention afin d’optimiser la réalisation d’une tâche, d’un geste, d’une action mentale et/ou motrice… Une fois ce fonctionnement de l’attention bien assimilé, il sera plus facile, pour les sportifs, de travailler, de progresser, de répondre et d’agir avec davantage de vitesse et d’efficacité dans les actions à mener avant, pendant et après le jeu. En d’autres termes, le sportif qui saura ouvrir ses 5 sens pour recevoir, traiter, trier et sélectionner les informations utiles et pertinentes à la bonne réalisation d’une tâche (un geste, un choix tactique, une respiration relaxante…), le sportif qui saura rejeter les informations inutiles ou parasites en même temps qu’il saura rester ouvert à d’autres paramètres extérieurs (le sujet de cet article sur l’attention flexible et orientable), celui-là pourra répondre avec justesse et efficience à la vitesse qu’impose le sport moderne.

         Après avoir expliqué que l’attention est sélective ( 2ème article) et limitée (lien 3ème article), j’évoquerai ici le fait qu’elle est également flexible et orientable…et donc perfectible par un entrainement spécifique ( en fonction de la tâche à réaliser) et individualisé (en fonction du profil et du niveau de compétence de l’athlète).

                  Avant de commencer l’explication, puis-je me permettre de vous lancer un défi ?

    Faisons ensemble un petit exercice en essayant de focaliser notre attention sur 2 champs différents en même temps.

  Défi : Regardez un match de football (ou un autre sport, c’est selon les attirances), en tentant de compter le nombre de joueurs sur la même moitié de terrain et en même temps, de porter votre attention à votre respiration en observant votre ventre qui se gonfle et qui se dégonfle pour chaque respiration.

  Défi réussi? Si oui, soit vous mentez, soit vous allez intéresser plus d’un chercheur en neurosciences et sciences cognitives. Si non, pas de panique, vous êtes « normaux ». En effet, votre cerveau peut faire beaucoup de choses, il peut traiter une grande quantité d’informations (VAKOG) en même temps, il peut les trier puis les sélectionner pour ne retenir que les « utiles » mais en revanche, il est incapable de se centrer sur 2 champs attentionnels différents en même temps.

                                                             Explications:

        En effet, votre attention (et la mienne aussi je vous rassure) comporte 2 dimensions (Nideffer, 1986):

                 – l’étendue de l’attention: elle peut être large (le sportif considère un grand nombre d’informations sensorielles) ou étroite (il sélectionne 1 ou 2 informations sensorielles précises). Pour simplifier, elle fonctionne un peu comme un zoom d’appareil photo.

                 – la direction de l’attention : elle peut être externe (dirigée vers un objet extérieur comme un ballon, une vague, une haie…) ou interne (les pensées ou les sentiments du sportif sont centrés sur lui-même comme la position de ses bras dans l’exécution d’un geste). Le continuum interne-externe est également appelé associatif-dissociatif. Le sportif associe les sensations qu’il perçoit avec la tâche qu’il réalise, ou il dissocie ces deux paramètres en se concentrant sur des aspects extérieurs qui peuvent faire office de distractions.

Ces deux paramètres indépendants définissent ainsi 4 modes de focalisation attentionnelle :

                                 1) interne/large (tournée vers soi mais pour chercher une solution tactique).

                                 2) interne/étroit (tournée vers soi, sensations kinesthésiques)

                                 3) externe/large (perception des informations)

                                 4) externe/étroit (fixation d’un point précis, le zoom)

                                                                            …d’ou le côté flexible et orientable de notre attention (CQFD).

        Dans un prochain article, j’expliquerai en détail comment notre attention fonctionne dans notre tête. En effet, le cerveau humain est capable de prouesses extraordinaires. En revanche, concernant notre attention, il existe des « actions » qu’il est incapable d’accomplir. Si la bonne réalisation d’une tâche motrice nécessite l’utilisation alternée de ces différents modes, il nous est impossible de diriger notre attention sur deux modes de focalisation différents en même temps. Il existe donc une évidente nécessité pour un sportif, d’acquérir une flexibilité attentionnelle maximale.

        Pour illustrer ce propos, imaginons un tireur de coup franc au Football : une fois qu’il a posé son ballon correctement et qu’ il s’est reculé pour prendre son élan; pour être performant dans son tir, il regarde le placement du mur, de ses adversaires, de ses partenaires et du gardien face à lui (externe/large), puis il décide d’une stratégie pour exécuter sa frappe (interne/large) et fait, en même temps, 3 respirations relaxantes pour récupérer de l’action passée (geste qui peut être automatisé). Ensuite, il peut se motiver par du dialogue interne positif (interne/étroit), et pour finir, il réalise une respiration dynamisante, tout en regardant l’endroit précis où il veut placer sa balle (externe/étroit)…..puis, il exécute le geste…pendant que le gardien de but adverse « s’occupe » lui aussi de son côté pour détecter les informations nécessaires à l’arrêt du tir.

        Les stratégies attentionnelles et les informations pertinentes à considérer pour réaliser une tâche varient selon les sports (habiletés ouvertes/fermées, incertitudes de l’environnement…) et le niveau de pratique du sportif. Néanmoins, quelle que soit sa discipline, un sportif doit apprendre à diriger et à modifier rapidement l’étendue et la direction de son attention (Nideffer, 1986) en fonction de la tâche à accomplir.

        En compétition, le niveau de stress, de distraction, d’activation physiologique et mentale sont autant d’éléments qui peuvent venir ébranler la focalisation de l’attention du sportif. Un athlète disposant d’une concentration et d’une attention efficiente pour sa performance, possède une excellente flexibilité attentionnelle (= cette capacité d’orienter et de « jouer sur son zoom des 5 sens «  en fonction de la demande, du contexte et du moment de la tâche qu’il doit réaliser). Il existe des tests psychologiques (ex: le TAIS de Nideffer) permettant de mesurer la disposition du sportif à présenter une focalisation étroite ou large et interne ou externe de son attention. Le TAIS comprend 144 items destinés à mesurer 17 sous-échelles dont 6 concernent l’attention.

 

        Pour conclure, il est important pour un sportif, un étudiant, un salarié et toute personne devant réaliser une tâche particulière, d’apprendre à travailler sa flexibilité attentionnelle (et oui! des techniques permettent de développer cette habileté mentale qu’est l’attention!!!). Entre autres choses, il devra:

– apprendre à identifier les informations utiles à la réalisation de la tâche.

automatiser certains gestes et actions afin de libérer des ressources attentionnelles (maitriser la conduite de balle pour pouvoir diriger son attention sur les appels de balle de ses partenaires).

contrôler les facteurs de distraction internes ( projeter sa pensée dans le futur en pensant au résultat et au prochain match; laisser apparaitre un dialogue interne négatif et des pensées parasites comme de penser que l’on va rater l’action; penser au passé, à ses douleurs physiques, à sa fatigue… comme par exemple de se dire que l’on n’a jamais battu cet adversaire ou que l’on est fatigué).

reconnaitre les modes de concentration nécessaires aux différentes actions.

basculer rapidement et efficacement d’un mode de focalisation à un autre.

s’imperméabiliser face au trash talking, cette stratégie communicative verbale et/ou corporelle qui permet au sportif de s’immiscer dans l’esprit de l’adversaire pour le déstabiliser et lui faire perdre sa concentration (pour les amateurs de Football, on pensera aisément à la communication utilisée par José Mourinho; pour les surfeurs, il est de notoriété que Kelly Slater vient « parler » à ses adversaires pour les flatter (entre autre) à un moment toujours opportun pour perturber leur préparation; au tennis, les « disjonctages » de John McEnroe lui servaient de faire un break et couper la dynamique de son adversaire lorsqu’il était en mauvaise posture, cela lui permettait de se reconcentrer mais aussi parfois de déconcentrer son adversaire). C’est un jeu dangereux…qui peut être déterminant sur la performance future et pour lequel il convient de s’armer!

– etc…

        Après avoir lu ce qui précède, vous me répondrez en retour, et vous aurez raison, « Oui d’accord, cette habileté mentale qu’est l’attention se travaille; mais où, comment et à quel moment le préparateur mental doit-il intervenir dans la mesure où les différentes situations doivent avoir été travaillées à l’entraînement pour être automatisées en compétition? » : en même temps que l’entraîneur (accompagnement du sportif dans la tâche à réaliser)? en planifiant des séances spécifiques de préparation mentale? en préparant des séances en collaboration avec l’entraîneur?…ces réponses non exhaustives resteront la primeur de mes interventions; elles ne seront donc pas (pour l’instant) le sujet d’un prochain article.

         Il n’y a évidemment pas que dans le sport que l’attention doit être travaillée. Pour me faire des amis (les magiciens, pickpocket et autres prestidigitateurs vont m’adorer…), je vous invite à aller voir cette courte vidéo d’un pickpocket. Mesdames, rien ne sert de garder son sac à main bien serré contre soi…si votre attention se laisse emporter ailleurs; Messieurs, comment allez-vous expliquer à votre femme que quelqu’un vous a dérobé votre montre alors que celle-ci était accrochée à votre poignet…trouvez une autre explication, elle ne vous croira pas. REGARDER LA VIDEO

« Il est capital de savoir sur quoi il faut porter son attention. Quand on a le sentiment de ne pas bien maîtriser une situation, on essaie de porter son attention sur tout. En se donnant le temps de planifier à l’avance ce qu’il faudra faire, on peut supprimer le risque d’être débordé. » (Nideffer et Sharpe, 1978).

Clément Durou

 

 

 

 

 

 

 

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