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Surf de compétition

Surfer pour la note

« L’Océan propose, les surfeurs disposent,

les juges posent »

 

        Le surf de compétition n’est pas du surf. Introduction volontairement provocatrice certes, mais ô combien objective lorsque l’on assiste à des compétitions de la WSL (World Surf League) . Dans l’esprit des non-initiés, cette position peut surprendre et même choquer. Pour le grand public, qui regarde le CT ( Championship Tour), le surf s’apparente à un sport fait de liberté, de rapport étroit à la nature, de communion avec l’océan, de fusion avec la vague; témoignant du « sea, surf, fun and sun », fait pour les « BG bronzés en boardshort », désolé de vous décevoir, mais en compétition, il n’en est rien, bien au contraire.

    Le surf de compétition n’est pas le surf au sens commun du free-surf. Il n’est pas non plus, loin de là, le sport d’été, ce sport à la mode où l’essentiel de l’activité se résume à planter sa planche dans le sable, se poster à côté d’elle en se vissant sur le nez des lunettes de soleil aux verres bleu turquoise et attendre, les « pecs » en avant, le regard flou vers l’horizon en prétextant: « c’est pas assez gros », « il y a trop de vent », « j’attends la marée montante », « c’est nul, ça ferme, je reviendrai demain »… bref, « j’ai pas envie de surfer mais ma planche me sert plus à draguer sur la plage qu’à glisser sur la vague ». J’exagère un peu, ne faisons pas d’amalgame ou de généralités sauf peut-être pour les vacanciers qui viennent surfer promener leur board sur la plage et se dorer la pilule l’été à la centrale d’Hossegor. Je suis persuadé que les locaux de la côte basco-landaise acquiescent sur ce dernier point.

    Vous l’aurez compris, l’objet de cet article est, une fois le distinguo surf compét/ surf loisir bien compris, d’expliquer en quoi le surf de compétition ne se résume pas à prendre des vagues, rester des heures dans l’eau avec ses potes, voyager et être bronzé toute l’année. Quel cliché persistant! En préambule, il me semble nécessaire d’ajouter également, qu’avant d’être en mesure de s’inscrire à une compétition dans ce sport ingrat, un dur labeur fait de travail, de sueur et d’abnégation, de sacrifices et de concessions attend les plus motivés qui souhaitent se préparer le mieux possible.

    Allez, je prends mon take-off de l’explication. Pour bien comprendre, voici donc les débuts d’argumentation de ma provocation initiale (cf. 1ère phrase de l’article). En compétition, évidemment que les surfeurs doivent surfer, prendre des vagues, proposer des combinaisons de manœuvres, des innovations techniques et les enchainer jusqu’au bord de la rupture, du spray, de la puissance et donc de la maîtrise (ce que l’on appelle dans le milieu, de l’engagement et du respect que l’on affirme à la vague)…mais pour réaliser cela, ils doivent également répondre à d’autres exigences compétitives.

    En permanence, les compétiteurs doivent s’adapter à de nombreuses contraintes changeantes qui leurs sont imposées. L’heure de passage (ils doivent donc s’adapter aux conditions environnantes instables comme la houle, le pic, la marée, le vent, les bancs de sables…), des séries (heats ou rounds ) avec 1, 2 ou 3 adversaires selon le format, des règles de priorité ( le plus à l’intérieur ou le 1er au large est prioritaire), des interférences (gêne d’un adversaire= score de la meilleure vague divisé par 2), une notation sur 10 pour chaque vague… les 2 meilleures vagues de chaque compétiteur sont comptabilisées et additionnées pour donner un score total sur 20… et tout cela avec un temps défini, qui leur impose de jouer contre ou avec (c’est selon) le compte à rebours et les minutes qui défilent. Pendant le heat, si c’est la seule technique que notent les juges, le mental tient un rôle particulièrement important voire prépondérant et (trop?) souvent décisif. L’objectif de chacun des compétiteurs étant d’être concentré pour se placer, choisir puis prendre les meilleures vagues ( les « bombes ») et de faire un meilleur total sur 20 que leurs adversaires, dans un temps donné.

    Pour résumer, à chaque vague prise par un compétiteur, le score (et donc le classement) évoluent en permanence, pendant que les minutes restantes s’égrainent. Inutile donc de deviner que, du début à la fin du round, le stress est un élément omniprésent. Par exemple, lors d’une série à 4, les 2 meilleurs scores sont qualifiés et les 2 autres rentrent à la maison. Au fur et à mesure que la série avance, des prises de décision et des choix doivent être opérés (augmenter son score en tentant des manœuvres plus poussées et risquées, bloquer (« snaker ») ses adversaires en utilisant la règle des priorités… Ils doivent répondre à la question: Que dois-je faire si je suis le heat-leader? que dois-je-faire si je suis 2ème pour conserver ma position et me qualifier pour le prochain tour? Ils sont amenés à se battre contre le temps, contre les adversaires, contre les conditions climatiques (vagues, set, marées, vent…) et surtout contre eux-mêmes et leurs pensées (quelle manœuvre je réalise? quelle vague je choisis? quel engagement je mets? je gère, j’assure, je prends un risque en tentant une figure ou en poussant mes manœuvres…).

Faire des choix de vague et de manœuvre, prendre le score et impacter ses adversaires, conserver son avantage, prendre le pic, tomber sur sa 1ère vague, rater un enchainement, trouver les bonnes trajectoires, prendre une vague dans les dernières secondes, un adversaire qui score fort dès le début, je surfe bien la vague mais les juges ne me donnent pas le score…les scénaris sont multiples et tellement variés. Ils créent des conditions stressantes au moment même où les surfeurs doivent garder leur calme et leur sang-froid afin de rester le plus lucide et objectif possible.

    Rester concentré et hermétique aux pensées parasites et aux croyances limitantes, réagir et décider dans l’urgence, ne pas se laisser envahir par des peurs paralysantes afin d’optimiser ses performances, tel est un des secrets de ceux qui réussissent en compétition. Une multitude d’informations se chevauchent et sont donc à traiter en permanence et dans l’instant. Inutile de comprendre que tous ces facteurs réunis, engendrent un stress extrême qu’il est essentiel de maîtriser sous peine de faire des mauvais choix et de s’ouvrir les portes de la défaite. Par ces quelques lignes, nous sommes déjà à des années lumières du surf loisir ( je vous l’avais dit) et du free-surf estival hossegorien.

    Depuis que je prépare des surfeurs professionnels et que j’analyse les compétitions WSL, je suis effaré de constater que très souvent (trop à mon goût de coach de compétition), ce n’est pas toujours le meilleur techniquement qui l’emporte. En réponse, je peux affirmer que c’est toujours le meilleur compétiteur qui gagne la série. La nuance est aussi énorme qu’évidente.

    Hélas, cet aspect semble totalement absent des considérations de nombreux surfeurs compétiteurs et pire, de certains coachs ou institutions fédérales. Travailler sa technique, faire des analyse vidéos pour affiner sa gestuelle, soulever de la fonte et faire une préparation physique non spécifique au surf et non individualisée (  parfois même, le surfeur compétiteur se « prépare » physiquement seul ou  » encadré » par un pseudo préparateur physique non qualifiés ou diplômés au sein d’institutions qui ont pignon sur rue… ) c’est bien beau; mais être « on and focus » à chaque instant, être lucide, attentif et concentré pour ne pas faire les mauvais choix (de vague, de placement, de manœuvre, de tactique…) est une condition obligatoire pour être régulier, performer et enchainer les victoires. Si, dans une série, le meilleur surfeur techniquement n’est pas capable de créer les conditions pour prendre les meilleures vagues, s’imposer à la rame et prendre le pic, est-il assuré de gagner? La réponse est NON…évidemment. Pour preuve, il suffit de regarder les compétitions et de faire une moyenne! Si c’était le meilleur techniquement qui gagne à chaque fois, Adriano De Souza aurait-il été champion du monde en 2015? Sans volonté de faire offense à sa technique, nombreux sont ceux qui critiquent la technique d’Adriano. Pourtant, il a été champion du monde. Autre exemple, comment est-il possible de voir un surfeur perdre une série et sortir de l’eau, en n’ayant qu’une seule vague notée sur les 2 possible? Comment un surfeur aux portes du CT, peut-il perdre une série du QS l’année suivante avec 3 points sur 20 au 1er tour? Comment un surfeur « ultra-doué » peut-il enchainer les défaites aux 1ers rounds sur le CT? Les exemples sont légions. Leur technique aurait-elle disparu comme par enchantement? Seraient-ils devenus mauvais subitement? Non, ils se disent prêts techniquement et physiquement, et pourtant ils perdent. L’explication est-elle ailleurs? J’ose poser la question. Est-ce leur mental qui leur fait défaut? 

    A mon sens, les habiletés mentales des surfeurs sont tout aussi importantes, prépondérantes et décisives dans l’attribution des victoires comme des défaites. Le manque de confiance en soi, le stress, la motivation, la dé-Concentration, les émotions, le dialogue interne négatif, les pensées parasites, les croyances négatives et limitantes… perturbent intensément la nécessaire concentration dont le surfeur a besoin pour être performant en compétition.

    Le tableau n’est cependant pas si noir. Les anciens disent que le ciel s’éclaircit toujours après l’orage. Selon l’adage, après la pluie, le beau temps. Regardez poindre au loin, ce courant progressiste laissant même transparaître du bleu clair entre les nuages noirs de l’amateurisme du conservatisme ambiant. L’issue est qu’il existe une bonne nouvelle dans ce constat: « rien n’est jamais figé, ni même perdu ». Cessons de dire et de croire que les français sont tous faibles mentalement. Cessons de se lamenter en constatant qu’il n’y a, en comparaison avec l’Australie, le Brésil, les Etats Unis…, que trop peu de français sur le CT ou dans le haut du classement QS. N’en déplaise à certains acteurs et entraîneurs, les habiletés mentales des surfeurs n’ont aucun caractère inné. On ne nait pas avec un mental de champion, ni avec un « looser-spirit » d’ailleurs. Cessons d’affirmer que l’on ne peut rien faire ou rien changer dans les méthodes de préparation des surfeurs. Un jour prochain, je l’espère, et si les modes de préparation évoluent, certains vous prouveront l’inverse.

    Le mental se construit, s’apprend et se consolide comme on travaille ses « carves » ou son « explosivité ». Toutes les habiletés dont le surfeur a besoin, sont entrainables et peuvent s’améliorer à l’aide d’exercices et d’outils relativement simple d’utilisation. Au passage, et pour contrer (encore!?) une autre fausse idée reçue, je rappelle que la sophrologie et le yoga ne sont pas la préparation mentale. Elles ne sont qu’un des multiples outils que l’on peut utiliser pour la préparation mentale. Un professeur de yoga ou un sophrologue n’est donc pas un préparateur mental. De même que le Ju Jitsu Brésilien pour la préparation physique ( certains véhiculent même l’idée que le JJB suffit pour « faire » de la préparation physique et aussi mentale ?!), selon le profil du sportif ( identité, personnalité, histoire et vécu de la personne, expérience, âge…), le yoga et la sophrologie ne peuvent être autosuffisants pour se préparer mentalement. En effet, ces disciplines peuvent ne pas correspondre à tous les profils. Sur ce point précis, la préparation physique et la préparation mentale ont en commun cet aspect de la préparation. La méthode unique voire unilatérale, la méthode du « on va faire le même travail car avec « X » cela a marché », la méthode du « on fait tous la même chose », la méthode du « avec MA méthode, tu vas voir, je vais en faire un champion », à part augmenter l’emprise chez le sportif, cette approche n’apporte rien de bon sur la durée.

    Ayant eu la chance d’observer, d’analyser, discuter voire côtoyer in situ les meilleurs mondiaux (Fanning, Parkinson, Slater…), je peux certifier aujourd’hui, que si certains pays omettent de prendre en compte l’aspect mental dans la préparation de leurs surfeurs, les nations dominantes du surf mondial (US, Australie, Brésil…) ne se posent même plus la question et depuis fort longtemps. Beaucoup de fédérations, de surfeurs ( Fanning, Slater…) sont staffés au niveau mental depuis très longtemps.

 Si l’on a pour ambition d’arrêter de laisser la sélection naturelle décider de qui gagne ou perd en compétition de surf, faisons évoluer le modèle ainsi que les méthodes de préparation à la compétition. Maintenant que le surf est devenu discipline olympique, l’amateurisme devrait logiquement s’effacer au profit du professionnalisme.

Clément DUROU

 

 

Une analyse plus poussée du surf de compétition viendra dans de futurs articles…si le sujet passionne les foules.

 

 

 

 

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