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Des sportifs de l’extrême

  Seul dans l'arène            Des sportifs de l’extrême

           En ce matin de Juillet, je vous annonce que nous avons dépassé les 400 visiteurs sur ce tout nouveau site. Accompagné d’un retour estival sur mes terres landaises, me questionnant toujours sur les attentes de mes lecteurs, me vient l’envie de mettre à l’honneur, des sportifs, des artistes, des acteurs, un peu (beaucoup?) hors du commun.

    L’an dernier, j’ai eu l’opportunité de découvrir, de l’intérieur, un univers de performance sportive et humaine, totalement singulier. Ces hommes, ces sportifs appelés « acteurs » dans le monde du spectacle taurin, se retrouvent dans une arène face à un taureau de combat avec pour seules armes, leur corps et…leur mental. Le concept? un face à face avec la bête, afin de réaliser différentes figures techniques (des écarts, des sauts, des feintes) notées par un jury, pour ajouter, s’il le fallait, du piment (pas d’Espelette) à cet exploit sportif.

    En effet, les acteurs étaient répartis en 2 équipes: les écarteurs et sauteurs Français contre les recartadores espagnols. Face à eux, ne se dressaient pas les fameuses « vaches landaises d’interville » aux cornes protégées d’un tampon, mais bel et bien des taureaux de combat aux cornes nues et tranperçantes. Vous vous en doutez, l’objectif de cet article n’est pas d’y expliquer les détails de ce spectacle ( les plus curieux iront visiter le lien suivant ) mais bien d’essayer d’ouvrir une perspective sur l’aspect mental de cette performance, qui pousse des hommes à jouer leur vie pour quelques euros de récompense. Lorsque l’on se pose la question de la performance et surtout de la recherche de son optimisation, je commence toujours par scruter, observer et écouter pour essayer de déceler le sens réel de cette pratique. Pour les protagonistes de l’extrême, plus que pour tout autre sportif, je pense qu’il est aussi incontournable que nécessaire de répondre aux questions du sens (pourquoi et pour quoi il fait cela? Qu’est ce qui le pousse à agir? la récompense, la notoriété, le plaisir de progresser, l’aspect pécunier…et aussi pour qui? comment? il s’y prend pour durer, progresser puis performer? Dans ces questionnements, on retrouve souvent les aspects motivationnels des sportifs (intrinsèque, extrinsèque) ainsi que d’autres notions, telles que la confiance, l’anxiété…pour englober le sujet. Hommes très humbles, le décryptage de « leur inside » nécessite patience, discrétion et empathie lors des échanges et entretiens informels.

    Pour moi, ce spectacle est aisément classable dans la catégorie des sports extrêmes. Si l’on se base sur cette définition: « Un « sport   extrême » est un terme populaire désignant une activité sportive particulièrement dangereuse, pouvant exposer à des blessures graves en cas d’erreurs dans son exercice. Ces sports peuvent se pratiquer sur mer, dans le ciel ou sur terre. Ils impliquent souvent vitesse, hauteur, engagement physique, ainsi qu’un matériel spécifique ». Un homme, dans une arène, face à un taureau de combat…tous les éléments sont réunis pour justifier le côté « extrême » non?!  Ceci étant dit, cet aspect extrême, pourraient nous amener à penser légitimement, que ces sportifs sont fous et inconscients. Ce raccourci primaire et primitif est aussi rapide qu’ inexact.

     Le 18 Juillet 2013, j’ai donc pu vivre le spectacle de l’intérieur, au plus près des acteurs, en direct des coulisses…là où transpirent les émotions fortes. Je profite de l’occasion, pour encore remercier Nicolas Vergonzeanne pour son invitation.

    Si le matin du spectacle, les esprits sont relativement détendus, plus l’heure du spectacle se rapproche, et plus les odeurs du bétail respirent autant que l’atmosphère se charge. Durant cette journée, j’ai donc pu observer et échanger avec les différents acteurs du spectacle (écarteurs, sauteurs, cordiers, entraîneurs…), et me faire mon opinion sur les nombreuses questions qui se bousculaient depuis longtemps dans ma tête. Pourquoi font-ils cela? pour qui? avec qui? pour quoi? quelles attentes? quelles récompenses? qu’est ce qui les pousse à défier la mort? comment se préparent-t-ils pour être performant? quels sont les enjeux? pour quels tenants? quels aboutissants? dans leur approche, sachant qu’ils jouent leur vie à chaque instant, qu’est ce qui les différencie des autres pratiques sportives? ce sont les mêmes questions que je me pose concernant les autres pratiques extrêmes (apnée des profondeurs, base jump, escalade de building…).

    Pour être également attiré par ce genre d’aventure qui met l’homme face à sa vie et à son existence (nager avec des requins, des baleines, chute libre), je m’interroge également pour savoir si les sportifs de l’extrême sont tous attirés par un désir similaire et cette addiction aux sensations fortes et à l’adrénaline générée?  Repousser ses exploits jusqu’à atteindre ses limites (en aparté, je précise que l’on peut atteindre ses limites mais, contrairement à ce que l’on entend trop souvent, jamais les repousser)….ou bien, existe-t-il d’autres activateurs motivationnels privilégiés dont je ne connaitrais pas l’existence? Y a-t-il quelque chose de plus profond, de plus personnel, présent dans l’inconscient, que la raison et la  conscience ne pourrait tolérer? Pour les badauds, l’explication est souvent aussi claire qu’écornée. « Ils sont fous ces gens là, ils ont besoin d’approcher la mort pour se sentir vivant ». C’est encore un raccourci un peu rapide, et à mon sens, loin de la réalité. Analyse trop simple, trop simpliste…et comme je ne suis attiré que par la complication…j’ai cru bon de fouiller.

    Contrairement à ce que l’on pense, ces sportifs ont bien conscience du danger. Ils ne l’écartent pas, ils ne l’ignorent pas, ils savent pertinemment que leur vie peut basculer à chaque instant. Ils ne sont pas non plus des mercenaires, des kamikases ou des warriors. Ce sont des sportifs qui sont là pour réaliser une performance et qui pensent plus à gagner ou perdre que vivre ou mourir.

    Sans entrer dans les confidences, les révélations et les aveux que certains ont pu me faire tout au long de la journée (je les remercie encore pour leur confiance et leur sincérité), j’ai pu observer des approches, des explications, des points de vue, des visions, mais également des modes préparatoires et opératoires totalement opposées entre les espagnols et les Français mais également entre les Français. Animés par ce besoin commun de défi, de challenge, de mise en danger adrénalistique, de performance extra-ordinaire (en 2 mots de circonstance), ils ont tous des approches différentes dans leur préparation. Ce qui m’intéresse de retranscrire dans cet article, c’est donc le point suivant. Pour un objectif commun et établit, et si chacun sait que la mort peut les frapper à chaque instant, les styles et routines de pré-performance sont, elles, bien différentes. Chacun, avec son style, son histoire et sa personnalité, adopte des pratiques, des comportements (des « remèdes!? ») pour s’empêcher de penser. Pour préparer au mieux l’évènement, certains ont besoin de rentrer dans la bulle, dans leur bulle de performance, à table le midi (cela me semble être un peu tôt lorsque le spectacle est à 18 heures), d’autres après la sieste digestive (et oui, certains arrivent à dormir) viennent me parler et ne cessent de me poser des questions sur la préparation mentale (certains sont même très intéressé pour optimiser leur préparation et commencer le développement de certaines habiletés mentales), pendant que d’autres déambulent dans les couloirs, font des passes avec une muleta en se prenant pour un grand torero…jusqu’au moment de l’habillage. Bref, chacun, à sa manière, trouve les exutoires pour meubler l’attente et le temps, et surtout, pour ne pas laisser poindre toutes formes de ruminations et de pensées limitantes pouvant générer du doute ou pire…des peurs.

    Au sujet de ces peurs, de leur peurs, j’ai aussi été frappé par leur réponse à la question suivante: « Si tu as peur de quelque chose, de quoi s’agit-il? » Dans une activité où, pour une fois, la réponse prioritaire me paraissait aussi évidente qu’inévitable, à savoir: j’ai peur de me faire attraper par le taureau et de mourir. Si cette éventualité était, fort heureusement, présente dans leur tête, ce n’est pas les réponses que j’ai obtenu. En effet, leurs doutes, leurs craintes, leurs peurs étaient dirigées principalement sur la tâche à effectuer et sur la performance à réaliser. Ils n’avaient pas peur de mourir, ils avaient surtout peur de passer à côté de leur performance, de mal réaliser leurs figures techniques et de fait, gâcher le spectacle, décevoir le public, leurs partenaires, leurs proches et eux-mêmes.

   Je tue le temps, je tourne en rond, j’attends en essayant de ne pas ruminer...jusqu’au moment décisif: l’HABILLAGE

    A mon sens, cet habillage, que l’on apparenterait à une entrée dans les vestiaires en sport, est le moment important de leur préparation. Il revêt un caractère aussi particulier que sacré (sacralisé!?) car c’est le moment où ils enfilent leur « habit de lumière ». C’est à partir de ce moment là, qu’entrent en scène les manifestations somatiques de l’anxiété (les mines se referment, les mâchoires se resserrent, les gorges se nouent, les regards s’intensifient…)ainsi que les manifestations cognitives (dialogue interne, images et pensées diverses et variées…). Les émotions si fortes, les sentiments si intenses, éprouvés par tous, font même couler quelques larmes pour certains pendant que d’autres comparent leurs caleçons pour détendre l’atmosphère…et peut-être pour ne pas pleurer eux aussi.

    Pour moi, la surprise est donc de taille. Si je pouvais m’attendre objectivement à observer des comportements très masculins, très virils et cojonesisés (comme on peut imaginer un vestiaire de rugby avant un derby départemental), le tout baignant dans une testostérone débordante; il n’en est rien. Bien calé dans un coin du vestiaire pour observer sans gêner, analyser sans parler, être présent sans être là, je constate, stupéfait, que l’heure est à la retenue, à la préparation, à la concentration, tout en silence. En quelques secondes, l’ambiance est tendue, très tendue même. Les mots se font rares, les regards se croisent et s’éternisent, les hommes se ferment.

    Qui fait ce bruit? qui perturbe et casse ce silence si intense?

    Les espagnols viennent d’arriver. Ils se changent dans la pièce d’à côté. Nous sommes à 45 minutes du début du spectacle, enfermés dans les contreforts des arènes de Bayonne. Les espagnols font un bruit d’enfer dans le vestiaire. Ils parlent fort, sautillent, courent dans tous les sens pour s’échauffer, se prennent dans les bras, discutent et rigolent tout en mettant leur tenue. A ce moment précis, ils ne sont pas encore dans leur bulle de compétition. Cette apparente décontraction, à un moment si proche du début, m’étonne. Il faudra attendre la dernière prière au sortir du vestiaire puis l’entrée dans l’arène pour observer le début de leur routine de pré-performance. Mais au fait, cette décontraction affichée, ne ferait-elle pas parti de leur routine?

    Que j’aime ces instants, j’aime les voir, les vivre pour mieux les analyser, car je suis intimement convaincu que ces moments préparatoires sont déterminants, voire décisifs sur la performance qui suivra. Sans surprise de ma part, chacun des acteurs possède sa propre routine de pré-performance. Pour certains, elle commence le midi, pour d’autres au moment d’aller se préparer, et pour les espagnols, lorsqu’ils sortent du vestiaire et qu’ils prient une dernière fois. Comme je le dis souvent à mes sportifs, une routine doit être personnelle et non copiée/collée sur quelqu’un. Pour bon nombre d’acteurs, la routine de pré-performance débute à l’entrée du vestiaire et se termine à l’entrée dans l’arène. Si l’habillage participe à la mise en place de cette routine (l’ordre, le soin, la minutie et l’intérêt apporté pendant la mise de l’habit de lumière, visser, dévisser puis revisser des crampons neufs (le détail est aussi important que pour celui qui met toujours sa chaussette droite avant la gauche), faire, défaire, refaire une 3ème fois le nœud de sa ceinture et les lacets des chaussures, aller aux toilettes pour faire un 5ème pipi en 30minutes, se recueillir, prier, penser à quelqu’un en particulier…), j’ai également pu observer la présence de nombreux rituels (qui eux, sont bien différents de la routine et n’ont, à priori, aucune influence sur la performance à venir. Peu importe, tant que cela permet de « s’occuper pour ne pas se préoccuper », et que cela ne génère aucune gêne ou contre-performance… »à quoi bon les arrêter? »

    En conclusion, je dirai que dans le Sud-Ouest de la France, il existe un sport pratiqué depuis des décennies, appelé course landaise. Pour les initiés, elle est un art, une culture, un spectacle ou encore un divertissement. Pour la population locale, elle est une obligation, un patrimoine, une identité, un incontournable de la féria…bref chacun la considère à sa guise. Pour certains, elle est devenue un support, un socle historique qu’il convient d’utiliser pour créer et améliorer l’existant.

    Dans chaque domaine (science, sport, art, musique, littérature, politique…), il est des personnes qui bouleversent, qui ne prennent rien pour acquis, qui se questionnent et s’interrogent en permanence sur leur pratique, qui prennent du recul pour parfois prendre l’histoire à contre-pied au bénéfice de la nouveauté, qui pensent que rien n’est impossible et que l’on peut toujours progresser, ou tout au moins essayer. Si elles se heurtent souvent à un conservatisme aussi culturel qu’ historique, ces personnes, qui ne laissent jamais personne indifférent, font parler. Leur besoin de changement, d’innovation, de progression…, non sans se heurter aux nombreuses difficultés inhérentes à l’activité, font progresser leur discipline…avec leurs moyens, leur passion, leur cœur…en espérant secrètement en faire un art.

    Messieurs les artistes, je ne saurai faire mieux que de vous encourager à persévérer dans votre quête personnelle. Vous m’avez touché par votre humilité, votre simplicité et votre gentillesse. Nico, quand est-ce que l’on remet ça?

«Seulement ceux qui prendront le risque d’aller trop loin découvriront jusqu’où on peut aller» – T.S. Elliot

Clément Durou

 

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